LA TRADUCTION COLLABORATIVE

 

Plus récemment, pour la traduction d’œuvres colossales, on a assisté à la fusion du travail collaboratif et du travail communautaire. Des bénévoles ont mené à bien la traduction du navigateur Firefox de Mozilla et de l’encyclopédie libre Wikipédia, par exemple. Avant Internet, les collaborations et les œuvres communautaires étaient plutôt locales que mondiales.

Les projets communautaires offrent une interface minimaliste où les bénévoles traduisent ou révisent occasionnellement. Le travail se fait malgré des espaces de travail différents des outils traditionnels des traducteurs.

Paradoxalement, traduire un article de Wikipédia est une expérience entre le septième ciel et l’enfer. Bien souvent, on encadre et valorise davantage le processus que bon nombre d’ouvrages de traduction rémunérés. L’interface de travail allonge considérablement le temps de traduction en fonction des enrichissements de l’article (tableaux, hyperliens, formatage complexe).

L’engagement demandé aux bénévoles de Wikipédia ressemble beaucoup aux exigences des codes d’éthique généralement observés par les associations de traducteurs. Le processus permet l’expression du doute et la validation par des experts lorsque le traducteur en ressent le besoin. Certains salariés et pigistes ne pourront qu’être jaloux de cette mesure pleine de sagesse. Enfin, on demande aux bénévoles de remplir une fiche de suivi de la traduction, etc.

Mais j’ai réservé le meilleur pour la fin. Les instructions encouragent à privilégier la qualité de l’article pour le public cible plutôt qu’une traduction fidèle. Ainsi, le traducteur est encouragé à adapter, étoffer ou élaguer le texte selon les besoins. Combien de traducteurs ont rêvé de cette liberté quand ils étaient tenus à la fidélité par contrat…

  Sur Wikipédia, malgré l’absence de hiérarchie, les mécanismes de contrôle sont nombreux, offrant une grande liberté d’expression. Cependant, la liberté d’expression y est bien plus étendue.

Après l’euphorie de la lecture des règles et suggestions, le traducteur revient à une réalité moins drôle. L’interface de travail n’a jamais été vraiment conçue pour traduire. C’est un peu le retour aux temps préhistoriques où il fallait modifier à la mitaine les textes en HTML. Essayez d’insérer une espace insécable dans un article wiki par exemple; vous verrez à quel point l’opération est laborieuse.

Ces espaces n’offrent guère les outils habituels des traducteurs (correcteur orthographique, grammatical, mémoire de traduction, gestion de la terminologie, etc.).

Certains environnements récents, comme celui de Google, offrent cependant la possibilité d’utiliser des glossaires, des mémoires de traduction et la traduction automatique, le tout partagé en temps réel. L’environnement de Google prend en charge n’importe quel texte; toutefois, la société se réserve le droit d’utiliser à son gré ce qui entre dans son interface.

Les outils offerts par Google permettent maintenant de traduire, notamment, les articles de Wikipédia, et on peut croire que le contenu en diverses langues devrait ainsi progresser de beaucoup.

L’envers de la médaille

La traduction collaborative et communautaire a aussi ses inconvénients. Leur discours : « Nous aimerions proposer notre produit dans votre langue, mais nous n’en avons pas les moyens. »  Par contre, nous pouvons vous aider à faire le travail pour votre communauté linguistique si vous y tenez vraiment. » Elles obtiennent parfois un certain succès.

Associations persuadent foules de traduire gratuitement pour une meilleure adaptation, mais internement, l’accent est sur les économies.

Par bonheur, on peut constater que les œuvres sans but lucratif comme Wikipédia ou Firefox bénéficient d’une bien meilleure traduction que bien des produits de multinationales déguisées en filiales de la Croix-Rouge.

Pour le meilleur et pour le pire, on a donc vu apparaître des outils qui facilitent la traduction collaborative. Les traducteurs peuvent en profiter, même si ces outils ne sont pas encore parfaits.

La frontière entre outils collaboratifs pour traductions occasionnelles et outils professionnels pour un travail continu s’estompe graduellement.

On peut intégrer un logiciel libre de mémoires de traduction pour une expérience de traduction plus confortable.

Un wiki avec un format d’import-export conserve le confort des traducteurs et facilite le retour des pages dans l’outil collaboratif.

Traducteurs préfèrent cette solution, développeurs privilégient l’intégration de fonctions de traduction dans leur interface . C’est normal, chacun préfère amener les autres sur son terrain.

Outils de traduction collaborative en ligne permettent à plusieurs personnes de partager et traduire un texte plus rapidement, sans déplacement, même sur différents continents.

Si les interfaces de type wiki sont loin d’être parfaites, elles offrent tout de même des éléments vraiment intéressants, comme la gestion en temps réel du volume traduit et la division automatique du travail.

En gros, des mécanismes plutôt complexes ont été créés afin de permettre à un très grand nombre de personnes de traduire de grands volumes de texte. Rien n’empêche les langagiers d’en profiter. L’accès à certaines plates-formes est gratuit, et on voit poindre à l’horizon des plates-formes qui seront non seulement gratuites, mais libres de liens avec des sociétés à but lucratif.

Si on mettait bout à bout tous les avantages que présentent les plates-formes collaboratives des outils disponibles à l’heure actuelle sur le Web, on aurait un système qui nous permettrait de partager un texte de longueur illimitée entre un nombre illimité de traducteurs et de réviseurs. Le système pourrait nous dire, à la fin, qui a fait combien de mots ou combien de temps chacun a passé à traduire.

On aurait des réviseurs qui se mettraient à l’œuvre quelques minutes à peine après les traducteurs au lieu d’attendre des heures. On aurait une révision par les pairs presque instantanée, et une validation pour les parties douteuses par des pairs qui sont aussi des experts du domaine.