La traduction dans le secteur gastronomique semble être une tâche simple à première vue, mais ce n’est qu’une première impression. Un menu ressemble à une simple liste d’aliments, et les livres de cuisine peuvent être considérés comme une liste de recettes avec des ensembles d’ingrédients et des instructions simples. Comme cela peut être trompeur ! Nous traduisons des livres de cuisine et des menus depuis de nombreuses années et nous estimons toujours que cette tâche est un défi.

 

Une traduction appétissante

 

Un mets sur un menu doit informer le client sur son contenu et doit également être appétissant. Ce n’est pas toujours simple et souvent truffé de pièges. Par exemple, comment traduire certains plats grecs en anglais ? Le poulpe est très populaire en Grèce et de nombreux plats sont à base de ce céphalopode. Un amuse-gueule préparé avec du poulpe se présente comme des boulettes de viande, mais ne peut évidemment pas être traduit par « boulettes de poulpe » ! Comment les appelle-t-on alors ? Les choix sont limités : beignets, feuilletés ou croquettes. Mais aucun d’entre eux ne porte le nom grec de « Chtapodokeftedes ». La cuisine grecque propose également de nombreux plats préparés avec des aubergines et des courgettes, et si ces deux mots conviennent parfaitement à un cuisinier anglais, ils peuvent être peu familiers pour un Américain, qui préfère les aubergines et les courgettes. Parfois, il est préférable de translittérer le mot grec, comme dans le cas de Moussaka ou taramasalata, et d’ajouter une note explicative, par exemple :

Moussaka
Couches d’aubergine et de viande hachée garnie de sauce béchamel

 

Il faut revoir la traduction

 

Finalement, certaines choses doivent être complètement revues. Par exemple, si vous avez à  traduire une recette pour un type de pain grec dont la traduction littérale est « pain paysan ». Le mot grec équivalent n’a pas de connotation négative, mais le mot anglais en a une. Il faudra donc trouver une autre façon de transmettre le caractère champêtre du pain afin d’éviter les blagues du type « mettez deux paysans dans un bol à mélanger… » !

 

Qu’en est-il des aliments ?

 

Traduire les denrées alimentaires du français vers l’anglais n’est pas plus facile. Comment, par exemple, traduire « nuage de pommes de terre » ? En français, cela sonne parfaitement bien et appétissant, mais à quel point un « nuage de pommes de terre » est-il savoureux ? Le foie de veau aux « échalotes aux vieux balsamiques » sonne merveilleusement bien, mais nous ne sommes pas si sûrs du foie de veau et des « échalotes aux vieux vinaigres balsamiques »… le mot « vieux » n’est pas particulièrement engageant ; je préférerais « mature » par exemple ! Et nous n’aimerions certainement pas « le ventre du thon coupé en gros morceaux, cuit en rose, couvert d’une sorte de crumble… » (une traduction d’un plat français alléchant) pour le dîner !

Un autre défi pour les traducteurs spécialisés dans la gastronomie est l’ignorance totale de l’objet de la traduction. Combien de personnes savent ce qu’est une « tarte d’hominité » ou un « bulgar » [aussi appelé bulgur, burghul, bourgouri, pourgouri] ? À quoi ressemblent-ils, quel goût ont-ils… ? Et que fait-on avec « ayam dan tembu satay ». Ce problème peut parfois être résolu en consultant des dictionnaires spécialisés et l’Internet, mais pour autant il n’est pas garanti de découvrir ce qu’est « tembu ». Cependant, le fait de ne pas avoir vu et goûté un ingrédient ou un plat est sans aucun doute un handicap. Enfin et surtout, les traducteurs qui sont indifférents à la nourriture ou qui n’aiment pas ce qui est étranger devraient éviter les traductions gastronomiques.

 

Un véritable défi !

 

Traduire les denrées alimentaires est certes un défi, mais publier des livres de recettes étrangers en anglais, par exemple, n’est pas si simple. Un livre en anglais intitulé « Aubergines », avec des recettes du monde entier récemment publié. Avant de finaliser le texte de ce livre, il a fallu prendre de sérieuses décisions concernant les critères et la langue, deux questions de marketing très importantes.

Les exigences du marché britannique sont très différentes de celles des marchés américain et canadien. Les renseignements pris auprès d’ un distributeur aux États-Unis dans le but de se faire une idée sur les possibilités de distribution du livre dans ce pays et, sans surprise, le distributeur a émis des observations sur l’utilisation du mot « aubergine » à la place de « eggplant ».

 

Les ustensiles et les ingrédients

 

La terminologie relative aux ustensiles est une autre chose à laquelle il faut faire attention lorsqu’on publie des livres de cuisine en anglais. Les Britanniques utilisent des poêles à frire alors que les Américains utilisent des sauteuses. Les Britanniques utilisent l’expression française « au bain-marie » pour la cuisson d’un article dans un récipient placé dans une casserole d’eau alors que les Américains préfèrent un « double boiler » [aussi appelé double casserole].

Les ingrédients peuvent également poser problème. Certains éléments des recettes exotiques ne sont pas disponibles en Europe occidentale et il faut trouver des ingrédients de substitution, soit en consultant l’auteur, soit en faisant appel à son imagination. Une recette exotique des Philippines dans la rubrique « Aubergines », par exemple, suggère le « cœur d’une fleur de bananier »! Bien que le commerce international ait apporté de nombreux ingrédients en Europe, les chances de trouver des fleurs de bananier sont extrêmement limitées… La solution consiste à trouver un autre ingrédient ayant un goût et une consistance similaires. Dans ce cas, les cœurs de palmiers ou les pommes font l’affaire.

Quant aux quantités, c’est une autre histoire. Les anciennes générations au Royaume-Uni sont habituées aux livres, aux onces, aux onces liquides et aux cuillères à café/à soupe, tandis que les nouvelles générations sont passées au système métrique et parle de kilogrammes et de litres.

 

Enfin et surtout, veillez à ne pas traduire à jeun, car cela peut être une véritable torture…